Lee Ufan . Marking Infinity
C’est au Musée Guggenheim de New-York que se tient actuellement et ce jusqu’au 28 septembre prochain une exposition de l’artiste et philosophe Lee Ufan. Un évènement plus que significatif puisqu’il s’agit de la première rétrospective nord-américaine muséale consacrée à l’artiste. C’est à travers un large choix de sculptures, de peintures, d’œuvres sur papier ou encore d’installations que le public pourra découvrir pas moins de 90 œuvres, en gravissant les fameuses passerelles du musée new-yorkais et de ses rotondes.

Intitulée «Marking Infinity», l’exposition souligne à merveille la portée de la démarche de l’artiste dans sa création tant visuelle, conceptuelle et théorique qu’il mène depuis les années 60. Coréen et né en 1936, Lee Ufan a travaillé dans son pays, mais également au Japon et en France dès les années 60, s’intéressant à la poésie, à la philosophie et à la calligraphie dès son plus jeune âge. En 1968, il fonde le mouvement Mono-ha (School of thing) qui, s’est déroulé parallèlement au minimalisme, à l’Arte Povera et au support-surface et nous est déjà familier à travers le monde de l’art international. Ce mouvement Mono-ha propose de voir le monde tel qu’il est, «sans en faire l’objet d’un acte de représentation qui l’oppose à l’homme». Lee Ufan utilise de façon récurrente cette pensée dans ses œuvres.
Le regardeur entrera dans la dimension de l’artiste avec une sculpture «Relatum silence b» (2008). Cette première œuvre présente une plaque métallique posée contre le mur devant laquelle est installée une grosse pierre. L’effet est immédiat. Dans ce travail simplifié, l’opposition et la connexion entre deux matériaux diamétralement différents, provoquent une vibration étonnante dans l’espace. Une autre installation «Relatum» (1968-2011) donne à voir, cette fois, une pierre posée au centre d’une plaque de verre elle-même installée sur une plaque métallique, le tout au sol. Sous l’effet de l’impact de la pierre sur le verre, cette dernière est fendue sur la totalité de sa surface. Le travail de l’artiste présente encore une fois, une situation relationnelle entre trois matériaux communs et physiques, dont le contact établit une interaction entre eux.
Au gré de l’allée circulaire du musée, le public peut découvrir des œuvres sur papiers, notamment au graphite datées de 1964 qui marquent le commencement du langage graphique de l’artiste. Un peu plus haut, les toiles intitulées «From line» (1974-1977) proposent des lignes tracées, marques physiques de la gestuelle de l’artiste où, apparitions et disparitions jouent un rôle primordial dans sa recherche de limiter la partie faite pour laisser la partie accomplie. Ici, le mur où est accroché le tableau fait partie de son art comme l’espace vide autour de sa sculpture est la continuité de son art. Les séries «From Point and From Line» (1972–84) impliquent un acte minimal, une gestuelle qui incite le regardeur à une expérience vécue du temps dans l’espace.
A travers le panel d’œuvres proposées, l’artiste Lee Ufan cherche à créer des correspondances. Correspondances entre l’œuvre et son espace environnant, entre le dedans et le dehors, entre moi et autrui. Comme il le souligne lui-même, il s’agit bien d’un «site ouvert de puissance dans lequel les choses et l’espace interagissent de façon éclatante» (“an open site of power in which things and space interact vividly). De passage à New-York, une importante exposition incontournable.
Rodolphe Cosimi, Août 2011, New-York
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